Chevaux

    Une page d’équitation sur un site de musique, c’est pas un peu déplacé? Euh… pas vraiment si on considère que l’écurie est à quinze pas de la fenêtre panoramique du studio, que l’été les odeurs se faufilent dans le mix un peu pannées à gauche et que de la sellerie j’entends le martèlement du bass drum aussi clairement que… bref, je ne conçois pas l’un sans l’autre.
     
    Enfant,je passais des journées à m’imaginer être cheval. D’ailleurs, je courais comme un cheval au galop et j’étais presque impressionnante… Jeune, je montais dans des centres de location, et à vingt-sept ans, j’ai eu mon premier cheval :  Aïcha, qui m’avait été donnée par Christianne Rolland, une des meilleures cavalières que j’ai connues.
     
    Avec Aïcha, si je ne suis pas tombée trente fois, je ne suis pas tombée une fois…Toute les erreurs… je les ai faites. Puis j’ai pris des cours avec Isabelle Landry, entraîneure et fille de Yves Landry, champion Canadien en concours complet (cross-country) et Luc Boivin, qui avait été de la cavalerie de la gendarmerie Royale du Canada pendant plus de 20 ans.
     
    Quand j’ai perdu Aïcha, j’ai commencé à entraîner des chevaux pour d’autres et pour l’école d’équitation Berloga. Puis, aux écuries La Crinière de Yves et Liselle Landry, pour débourrer des poulains de leur élevage et parfois détendre les chevaux en convalescence ou autres. Ma récompense, c’était de monter Vagabond, un étalon extraordinaire, ex-champion en cross, qui suite à un accident ne pouvait plus sauter. Il est donc devenu (pour son plus grand bonheur), le père de la majorité des poulains. Il était le premier étalon que je montais, étalon qui connaissait l’accouplement et qui était toujours en fonction, si je puis dire. C’est avec lui que j’ai le plus travaillé mon imagerie mentale, que mon père nous avait enseignée quand nous étions jeunes. J’ai aussi aidé à débourrer et apaiser des chevaux à Cheval Théâtre, où j’ai eu la chance d’assister à des entraînements dans différentes disciplines équestres, avec des artistes reconnus dans le monde du spectacle équestre.
     
    Les animaux lisent nos vibrations et je dirais même (après plus de 45 ans d’expérience avec eux, avec des chevaux de tous âges, de tous genres et de tous les niveaux de dangérosité), j’en suis venue à penser en plus, qu’ils lisent l’image qui se crée dans notre tête quand on s’exprime verbalement. Et plus ils ont été confrontés à la violence, plus leurs antennes sont ouvertes, leur réaction rapide et forte. Il ne faut jamais oublier qu’ils sont des victimes et non des prédateurs. Heureusement, ils ne sont pas rancuniers comme l‘humain et quand ils se sentent en confiance avec nous, plus ils ont été confrontés à la violence, plus ils nous sont reconnaissants.
     
    Le langage verbal est plus ou moins important, plus important, au début, est la répétition des mêmes mots, et surtout la justesse dans l’intonation de notre voix. D’autant plus que le but est d’établir la communication avec de plus en plus de finesse dans nos demandes. Cela peut même aller jusqu’à utiliser seulement la pensée. Ferdinand Hemfling parle des moines des croisades qui disaient « qu’ils ne travaillaient pas avec les chevaux, ils méditaient avec eux… ».
     
    J’ai eu trois autres chevaux : Maya, Pharazon, qui a maintenant 25 ans et qui est avec moi depuis 22 ans, et Balzac, qui m’a été donné par un de mes amis qui l’avait acheté d’un abattoir parce qu’il était dangereux. Il a maintenant plus 20 ans et il est avec nous depuis 17 ans.
     
    Durant toutes ces années, j’ai débourré et entraîné plus d’une quarantaine de chevaux, certains pour des problèmes de comportement. Ça fait maintenant près de 40 ans que je m’intéresse aux nouvelles approches, à commencer par celles de Linda Tellington Jones, Ferdinand Hemfling, Mia Likke Nielsen, Warwick Chillers, et bien d’autres… Je passe plusieurs heures par semaine à regarder des vidéos sur différentes approches, vive l’internet!!! Vive les chevaux!!!