Entrevue réalisée pour ‘Le Riverain’

Entrevue réalisée par Dominique Fortier et publiée dans Le Riverain, édition du 18 janvier 2013.

QUÉBEC L’auteure-compositrice-interprète, Marie Philippe est débarquée dans le décor musical Québécois dans les années 1980 en s’imposant dès son premier album. Les tubes «Save my life», «Je rêve encore» et «Un train d’enfer» ont contribué à sa notoriété. Le Riverain a retrouvé la chanteuse afin de prendre de ses nouvelles et de faire un petit voyage dans le temps.

1. Je me permets de te tutoyer puisque nous nous connaissons depuis près de 20 ans. Pour les gens qui te connaissent moins, raconte-nous comment ta carrière a débuté.

Ma carrière soliste a commencé à 34 ans mais déjà très jeune je jouais du piano et je composais des petites musiques. Chez nous, la musique occupait une grande place. Du côté de ma mère, il y avait des chanteurs (amateurs) et du côté de mon père des musiciens aussi amateurs. Mon père jouait d’ailleurs du piano et du saxophone et il était un mélomane exceptionnel, avec une discothèque mur à mur. Pour te donner une idée, dans notre salon il y avait 4 amplificateurs qui activaient 18 boites de son. Il y en avait partout dans les murs, les planchers et les plafonds. Ça devait être hors phase mais ce qu’il recherchait, c’était la sensation d’être dans l’orchestre et c’est peut-être là que j’ai eu envie d’être sur scène DANS le band. J’ai ensuite fait mon CEGEP, que je n’ai pas terminé, et j’ai commencé à écrire de la musique avec Jean-Pierre Bonin pour des pièces pour enfants écrites par François Depatie, qui était aussi l’auteur de mes premières chansons. À 24 ans j’ai donné mon premier spectacle solo, seule au piano dans un café de Québec, l’Ostradamus, et deux semaines plus tard je me suis intégrée avec mes compos à un groupe de jazz que j’aimais beaucoup (Ungava) et nous avons participé à la ChantAoût, où j’ai rencontré pour la première fois celui qui allait devenir plus tard mon gérant, Réjean Rancourt. Je suis ensuite partie à Montréal et fait mes premières émissions de télé dont « Les Beaux Dimanches ». Puis je me suis retirée jusqu’à 34 ans sans pour autant arrêter de faire de la musique. C’est avec Jean Pierre Bonin que j’ai créé mes trois albums et grâce à Réjean Rancourt et son équipe Trafic s’ils ont vus le jour.

2. Tu as connu un vif succès commercial avec, entre autres, les chansons «Love you, love you too », « Je rêve encore », « Mais oui je sais » et « Jamais trop de tendresse ». À la base, t’attendais à connaître autant de succès à la radio?

Disons que je croyais vraiment à nos productions et autant les musiciens que les choristes étaient exceptionnels dans leur talent d’exécution et dans leur inspiration.

3. Après ton troisième album « Jamais trop de tendresse », tu es subitement disparue de la scène musicale Québécoise. Que s’est-il passé?

Juste avant la sortie de notre troisième album, Trafic a traversé une zone de turbulence qui lui a coûté l’existence. Nous avons quand même sorti l’album et monté dans les palmarès. Nous avons fait deux fois la tourné Roseq à travers la province (parmi les plus beaux souvenirs de ma carrière). Certaine que Trafic (Réjean Rancourt) allait reprendre vie, j’ai attendu, j’avais tellement aimé le travail et notre complicité, je ne pouvais pas me voir avec d’autres. Entre temps des musiques de théâtre m’ont été offertes et Trafic n’est jamais revenu. J’avais commencé ma carrière en faisant des musiques de théâtre et c’est là que j’ai compris combien ça me manquait d’écrire autre chose que des chansons.

4. Es-tu quelqu’un qui a bien vécu avec la popularité et l’attention médiatique?

Il faut dire que je suis de tempérament plutôt sauvage et solitaire et qu’après dix ans de carrière de chanteuse, les relations publiques et les cotes (d’amour) des palmarès commençaient à sérieusement me déplaire. Depuis j’ai composé plusieurs musiques et chansons pour le théâtre et d’autres spectacles comme le spectacle équestre de CavlArt l’été dernier, que je referai encore l’été prochain. C’est le paradis pour moi.

5. Depuis quelques temps, on peut constater un certain retour à la musique via ton site web. Quels sont tes objectifs professionnels face à la musique aujourd’hui?

Aujourd’hui je laisse mon futur en toute liberté et je me plonge dans le présent du mieux que je peux. Je me consacre à mes passions, que je ne cesse d’approfondir. Le site web en est le résultat.

6. Tu as toujours été sensible au sort des plus démunis et des jeunes femmes en particulier. Es-tu toujours impliquée dans différentes causes humanitaires?

Oui j’espère toujours rester sensible au sort des démunis, et je ne parle pas seulement des manques pécuniaires. Ce qui me touche particulièrement ce sont les guerres et le terrorisme. Je ne comprends pas qu’on ait tant de difficulté à avouer le mal qu’on a fait partout sur cette planète au nom de la religion, ni ce besoin de conquêtes jamais assouvi. Quand par exemple, à la fin de la dernière guerre 39-45, les alliés ont décidé de sortir de leur terre et racines ce peuple palestinien pour le donner aux Juifs qui avaient tant souffert, sans leur demander leur avis et surtout sans les compenser pour toutes leurs pertes. Au contraire on les a sortis avec des bulldozers, dans une violence plus qu’extrême, en violant tout ce qui pouvait être violé, eux qui n’avaient rien fait dans cette guerre. Moi aussi, j’aurais envie de me mettre une bombe sur le corps. On les a repoussés dans le désert sans abri, sans nourriture et on leur a même coupé l’eau. Un camp de concentration à ciel ouvert, non?

En science maintenant, on dit que la pensée voyage jusqu’au bout de l’univers et plus vite que la lumière. Tous les jours je dirige mes pensées vers ces êtres comme les Palestiniens, les Africains, et les Amérindiens qui ont tant souffert de notre incapacité à s’arrêter au mal qu’on a suscité et notre facilité à les rendre coupables de tout. Je souhaite qu’on avoue tous nos torts et qu’on ne reçoive pas le retour de nos actes. Il y a aussi les organismes comme Enfant Secours et Les Impatients, que j’encourage dans la mesure de mon possible.

7. À quoi ressemble une journée dans la vie de Marie Philippe en 2013?

Mes journées commencent à 7 h du matin, je nourris les chats et les chevaux. Après mon déjeuner, je travaille sur ce qui se présente en priorité (ce qui n’est pas toujours une priorité pour les autres). Après le dîner, je fais soit une sieste ou une relaxation d’une heure, puis, si les conditions le permettent, je suis avec mes chevaux 1 à 2 heures, sinon je continue le travail entrepris du matin. Vers 16 h je nourris à nouveau la gang et je commence mes cours de chant (que je donne depuis 15 ans) jusqu’à 20 h 30. Après un bon souper j’aime regarder des documentaires à la télé et après, souvent je me remets au travail jusqu’à 23 h parfois même minuit ou aux petites heures du matin (de là la nécessité de la sieste). Je finis mes journées en lisant dans mon lit mais jamais des romans. Ces temps ci je lis «J’ai serré la main du diable» du lieutenant-général Roméo Dallaire.

8. Contrairement aux tubes anglophones, la musique francophone des années 1980-1990, qui a connu ses heures de gloire, semble boudée aujourd’hui. Que s’est-il passé depuis 20 ans dansle paysage musical Québécois. Pourquoi renions-nous les B.B., Marie Carmen et Kathleen qui étaient pourtant très populaires à l’époque?

Je ne crois pas que le public les renie, quand Star académie a repris d’anciennes chansons, ils ont redonné la popularité à ces chansons. Je pense plutôt que ce sont les médias qui supervisent la popularité des chansons et malheureusement pas toujours (pour ne pas dire rarement) avec un critère de qualité. Ce que je déplore le plus, c’est le monopole de quelques décideurs pour toute la province et le manque de place pour les animateurs qui doivent s’y soumettre.

9. On peut voir sur ton site que tu as toujours une passion pour les chevaux et pour la peinture également. Parle-nous de l’importance de cette forme d’art pour toi.

Ce sont toutes des passions qui m’habitent et m’accompagnent depuis me tendre enfance. D’abord, les chevaux. Quand j’étais petite je devenais littéralement un cheval, je passais des heures à courir et même à brouter comme eux. Les chevaux m’attirent au plus haut point, j’ai beaucoup appris d’eux et continue à le faire à chaque jour. J’en ai débourré plus d’une vingtaine et j’ai travaillé avec d’autres qui souffraient de traumatismes (toujours causés par l’homme). Chaque cheval est différent et aujourd’hui une multitude d’approches voient le jour dans sa compréhension et son langage, de plus en plus en douceur et dans le respect. Ces temps ci je suis particulièrement concentrée sur le dialogue intuitif avec les chevaux.

La peinture aussi était très présente à la maison. Mon père peignait un peu et il y avait dans nos antécédents familiaux des peintres dont un (Théophile Hamel) que l’on retrouve au Louvre et dans certains musées du Québec, et dont les gênes,, je l’espère, se rendent jusqu’à nous. Il y a eu aussi un prêtre Capucin qui m’a beaucoup appris. Petite j’allais à l’école des Beaux Arts de Québec les samedis matins et plus tard quelques cours d’été au niveau CEGEP. J’ai été plusieurs années à délaisser la peinture mais je m’y suis remise il y a une quinzaine d’années. La peinture c’est le silence, en contraste avec la musique. Je fais surtout des chevaux et quand je les peints, c’est comme si je devenais qui ils sont dans leur être profond, comme s’ils guidaient mes gestes, même quand il s’agit essentiellement du fruit de mon imagination. Ils prennent vie.

10. Tu composes des musiques pour des pièces de théâtre et différents spectacles. Est-ce une démarche artistique dans laquelle tu t’épanouis?

La musique c’est la vibration, la libération, la liberté de l’expression, surtout quand j’utilise les phonèmes. Je traite la musique de façon très visuelle. Parfois au théâtre, la musique devient soit le support, comme un décor, une ambiance, soit un personnage allié ou ennemi, une pensée intérieure etc. J’adore travailler dans cette approche, c’est plus qu’inspirant, c’est dimensionnel. L’univers est vibration…

11. Que pouvons-nous souhaiter à Marie Philippe pour les années à venir?

Ce que l’on peut me souhaiter; c’est de continuer à suivre la trajectoire de ce que m’ouvre mon futur, et que mes passions se multiplient et s’expriment en toutes dimensions, pour qu’elles voyagent dans l’univers plus vite que la lumière.

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